L’esprit du Ramadan.

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Comme ailleurs dans le monde, la communauté musulmane de l’Abitibi-Témiscamingue entame le mois de Ramadan. En ce temps de confinement, l’expérience du jeûne sera différente pour plusieurs. Si les rassemblements pour la rupture du jeûne ou pour les prières nocturnes ne peuvent pas avoir lieu, l’entraide, la charité et toute autre action de solidarité envers son prochain prennent tout leur sens. Ce sera donc l’occasion d’explorer d’autres dimensions insoupçonnées du jeûne du mois de Ramadan.

Le texte qui suit a été publié par Houria Hamzaoui (vice-présidente de la Mosaïque ) dans le journal La Frontière le 27 mai 2017.

Depuis plusieurs années, le mois de Ramadan s’invite en Abitibi-Témiscamingue comme partout dans le monde. Il s’installe discrètement au neuvième mois du calendrier lunaire pendant vingt-neuf ou trente jours, et repart tout aussi discrètement.

Chez beaucoup de familles musulmanes, l’esprit du Ramadan commence à se ressentir plusieurs semaines avant le début du jeûne. Elles se préparent à accueillir un invité de marque qui donne l’occasion de se tourner vers soi-même tout en n’oubliant pas son prochain.

On pourrait se demander comment s’occuper de soi-même en se privant de manger, de boire et de tous les plaisirs de la vie, de l’aube au coucher du soleil ? La réponse que nous propose le Ramadan est que nous avons besoin d’écouter notre corps et notre voix intérieure. Pendant onze mois, nos corps, nos cœurs et nos esprits ont servi de fourretout à une multitude de choses. La course effrénée de tous les jours ne nous permet pas de faire le tri dans nos rapports à nous-mêmes, à nos semblables, à la nature, à la consommation et à tout le reste.

Alors, quand on s’abstient volontairement de manger et de boire pendant un mois, notre rapport à la nourriture par exemple est différent. La satisfaction de résister à la faim et à la soif a une double dimension; celle de ressentir le contrôle de soi et celle de vivre par choix en l’espace de quelques jours, ce que vivent des millions d’êtres humains proches ou lointains, parfois toute leur vie. La seule différence est que pour nous, le garde-manger est plein.

Tout au long du mois, les musulmanes et les musulmans sont donc invités à porter une attention particulière à la charité, à la générosité, aux bonnes manières et à l’autodiscipline. Pour les musulmanes et les musulmans, jeuner dans la foi revient à faire le choix de se reconnecter avec soi-même, d’être conscient de chaque détail de sa vie et de vivre de nouvelles résolutions, comme celles d’être bon envers soi-même, envers son prochain et envers le reste de l’univers; ou encore celle de donner du sens au moindre détail de la vie, une gorgée d’eau fraiche, une cuillérée de soupe chaude ou un simple mot réconfortant par exemple.

Le Ramadan c’est aussi un retour vers l’origine de l’existence, l’Unique qui transcende toute sa Création. Dans le silence des nuits du Ramadan l’heure est à la prière et à la méditation, dans l’intimité ou en groupe. On prie la nuit par amour pour Lui, comme on jeune le jour par amour pour Lui. Beaucoup trouvent dans cet engagement spirituel une nouvelle source d’énergie et de motivation pour apprécier leurs occupations quotidiennes.

Le jeûne du mois de Ramadan est le quatrième pilier de l’islam après l’attestation de foi, la prière, l’impôt sur la richesse accumulée, et avant le pèlerinage à la Mecque. Il est obligatoire pour les femmes et les hommes sains d’esprit et en bonne santé et ce dès la puberté. En aucun cas, il n’est permis de mettre sa santé ou sa vie en danger à cause du jeune.